LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS – LES ROBINS DES RUELLES

Les Robins des ruelles se sont formés en réponse à l’appel des Soulèvements du fleuve à rejeter le système de production et de distribution alimentaire et à prendre action directement contre les possédant·e·s de notre subsistance. Ils ont ainsi eu l’idée d’organiser des autoréductions, c’est-à-dire des moments de réappropriation collective de la nourriture.
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Les profits affichés pour l’année 2025 des grandes chaînes d’épiceries canadiennes se chiffrait en milliards de dollars. On ne parle pas de chiffre d’affaires mais bien de profits. Pendant ce temps, dans les mêmes espaces sociaux, des dizaines de milliers de familles n’arrivent plus à se nourrir convenablement parce que le coût des denrées essentielles ont augmentés drastiquement depuis 2020, le tout sans raison apparente. Nous savons que l’inflation a été instrumentalisée par les conglomérats comme Loblaws ou Metro pour engranger plus de profits, au détriment de la société entière. En termes concrets, c’est ce qu’on appelle de la fraude, de la corruption et du vol. Or, il semble toujours impossible pour les gouvernements provinciaux et fédéraux d’imposer des lois qui empêcheraient de capitaliser sur des besoins essentiels (nourriture, logement, santé, éducation, arts). On peut imaginer que c’est par manque d’intérêt de leur part (iels vivent dans une tour d’ivoire) tout autant que par intérêt commun avec les compagnies lobbyistes de l’approvisionnement alimentaire.
Nous sommes donc dans une situation très problématique où le gouvernement agit de pairs avec des compagnies multimilliardaires qui sont directement responsables de la précarisation de la population canadienne. Comme dans tout bon système capitaliste, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
Même si les ‘’vols’’ (devrait-on commencer par changer le terme et appeler ça une juste rétribution? Voler des voleurs, ce n’est pas du vol, c’est une forme de justice réparatrice) ont augmenté proportionnellement avec l’inflation dans les dernières années, il semble que cela n’empêche pas les épiceries de continuer à augmenter les prix et exploiter tout le monde sur la chaîne d’approvisionnement (il faudrait aussi parler des personnes sans-papiers qui se retrouvent prises dans ce système sans ne pouvoir dire quoique ce soit).
C’est à ce moment crucial de Noël 2025 qu’un groupe a décidé de porter un grand coup dans une épicerie bourgeoise de Montréal pour y récupérer de la nourriture et la redistribuer à celleux qui ont de la difficulté à s’acheter des légumes frais. Avec humour, soit dit en passant (il est difficile de rester stoïque en imaginant 50 personnes déguisées en lutin hurler ‘’Joyeux Noël’’ dans une épicerie dans le but de la dévaliser).
Suite à ce coup de génie, d’autres ont heureusement suivi depuis. Et on espère que ce n’est que le début d’une longue série de rétribution, en souhaitant que plus de personnes se joignent au mouvement.
Pour marquer le coup, les Éditions Désordre ont décidés de publier le manifeste des Robins des ruelles, dans lequel on suit le fil de pensée d’un groupe de gens anonymes qui ne supportent plus de voir les riches détruire les pauvres. Une lecture instructive qui donne le goût de s’y mettre dès demain.
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https://www.editionsdesordre.com/livres/Robins-des-ruelles
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52 VOIES VERS LA RÉCONCILIATION – DAVID A. ROBERTSON

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Avec 52 voies vers la réconciliation, David A. Robertson signe un livre désarmant par sa simplicité. L’auteur cri de la Norway House Cree Nation, déjà reconnu pour des œuvres comme La trapline et La saga Misewa, propose ici un format presque utilitaire : un geste par semaine, pendant un an, pour avancer vers une relation plus saine entre Autochtones et non-Autochtones. On y trouve un éventail allant du léger au profond, écouter un balado autochtone, cuisiner de la bannique côtoient l’apprentissage de la rafle des années 1960 ou la rédaction d’un énoncé de reconnaissance territoriale.
La force du livre tient à son ton. Robertson ne moralise pas; il accompagne. Il reconnaît d’emblée la peur de mal faire qui freine bien des lecteurs non autochtones, et désamorce cette peur en rappelant que l’erreur fait partie du chemin, tant qu’elle s’accompagne d’une intention sincère. Cette approche pédagogique, presque conversationnelle, rend le sujet accessible sans le banaliser.
La limite, prévisible, est celle du genre lui-même : en visant la concision et l’action concrète, l’ouvrage effleure parfois des enjeux historiques complexes sans toujours leur donner l’espace qu’ils méritent. Mais ce n’est pas un livre d’analyse, c’est un point de départ, et à ce titre, il atteint pleinement son objectif.
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SOYONS WOKE – ÉDITIONS DIVERGENCES

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Pierre Tévanian, philosophe associé au collectif Les mots sont importants, ne cherche pas à se défendre du mot « woke », il le revendique. Plutôt que de répéter l’argument classique selon lequel le wokisme n’existerait pas comme courant organisé, il pousse la logique plus loin : tant pis si ça n’existe pas, inventons-le. Cette posture offensive donne au texte son énergie.
L’essai fonctionne en deux mouvements complémentaires. D’abord une généalogie critique du discours antiwoke, retraçant ses liens avec une histoire plus ancienne de disqualification des luttes pour l’égalité, jusqu’à ses recoupements actuels avec des courants d’extrême droite. Ensuite un véritable plaidoyer positif pour ce que Tévanian appelle, avec une ironie assumée, les « bons sentiments » : la solidarité, l’empathie, l’attention aux discriminations.
La plume est mordante, parfois polémique, et l’auteur n’élude pas le débat en confrontant directement des penseurs antiwokes, y compris à gauche. On peut regretter un ton parfois pamphlétaire qui s’adresse surtout à un lectorat déjà convaincu, mais l’ouvrage, bref et dense, a le mérite de remettre des nuances dans un débat souvent réduit à des caricatures.
À lire aussi : L’antiwokisme en débats de Learry Gagné (Éditions de la rue Dorion)
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https://www.editionsdivergences.com/livre/soyons-woke-plaidoyer-pour-les-bons-sentiments
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AVANT D’EN ARRIVER LÀ – ESSAI CHORAL – ÉCOSOCIÉTÉ

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Coordonné par Pierre Mouterde et David Murray chez Écosociété, ce collectif réunit dix-huit voix québécoises, de Catherine Dorion à Alain Deneault en passant par Amir Khadir et Dalie Giroux, pour penser la montée des courants autoritaires.
La structure « chorale » est la grande réussite du livre. Plutôt qu’une thèse unique, on obtient une polyphonie de tonalités et d’angles, l’inquiétude féministe côtoie l’analyse économique, la critique des géants technologiques rejoint des réflexions sur la souveraineté numérique. Cette diversité évite l’écueil du pamphlet univoque et restitue la complexité d’un phénomène qui ne se limite pas à une seule cause.
La limite tient justement à cette multiplicité : certains chapitres convainquent davantage que d’autres, et l’ensemble peut sembler inégal en rigueur. Mais l’intention est claire et salutaire, sortir de la sidération pour esquisser des pistes concrètes de résistance. Un ouvrage utile pour qui cherche à comprendre, sans fatalisme, l’époque actuelle.
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