LES GRUES VOLENT VERS LE SUD
Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions. Père et fils n’ont jamais su communiquer. Comment dire aujourd’hui ce qui compte vraiment? Bo dresse le bilan de sa vie, de ses liens familiaux, et se penche sur la façon imparfaite dont il a exprimé son amour au fil des ans.
Bestseller international profondément émouvant, gagnant du Prix du livre de l’année en Suède, Les grues volent vers le sud est le récit d’une dernière réconciliation. Lisa Ridzén célèbre la beauté des lumières du crépuscule avec une œuvre irrésistible, traduite dans plus de quarante langues.
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Premier roman de la Suédoise Lisa Ridzén, doctorante en sociologie spécialisée dans les masculinités rurales, Les grues volent vers le sud porte en lui cette expertise sans jamais la théoriser à voix haute. C’est là son premier tour de force.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la façon dont Ridzén s’attaque au silence entre les hommes — père et fils qui n’ont jamais su trouver le bon canal, l’amitié comme seul espace où la tendresse se risque. Bo parle à sa femme absente et c’est, paradoxalement, dans ce monologue à une personne qui ne peut plus répondre que les mots trouvent enfin leur place. Ponctué par les rapports froids des aides à domicile, le roman construit un contrepoint saisissant entre l’institutionnel et l’intime.
Traduit avec fluidité par Catherine Renaud pour les éditions La Peuplade — qui tient là un coup éditorial remarquable —, ce roman suédois déjà vendu à 250 000 exemplaires mérite amplement son voyage jusqu’ici. Une lecture qui interroge durablement : qu’est-ce qu’on laisse non-dit, et à quel prix ?
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Traduit du suédois par Catherine Renaud
432 pages, 978-2-925416-89-0, 34,95$ | 23 $
https://lapeuplade.com/archives/livres/les-grues-volent-vers-le-sud
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Devenir inutile
Pour une philosophie politique de la démission – Pascale Devette & Justine Perron
Pourquoi, alors que nous sommes en situation de privilège, refuserions-nous de prendre le pouvoir disponible ? Cette interrogation soulève de nombreux débats tant en théorie féministe à propos des privilèges des femmes blanches cis, qu’au sein des mouvements écologistes au regard de leur arrimage dans la hiérarchie Nord/Sud globale. De manière plus intime, mais tout autant politique, cette question interpelle les mécanismes par lesquels nous nous octroyons du mérite.
En se basant notamment sur les travaux de Simone Weil et de Sara Ahmed, deux philosophes ayant démissionné de leur poste de professeure – la première a quitté le lycée pour rejoindre l’usine en 1934 et la seconde, plus récemment, afin de protester contre le harcèlement sexuel à l’université – Pascale Devette et Justine Perron examinent le sens éthique et politique que prend parfois l’acte de démission et de renoncement. Elles rappellent que, s’il est impossible de se détacher de certains privilèges, nous pouvons refuser d’utiliser leur effet carte blanche afin de cesser de les entretenir et de faire vivre leur pouvoir.
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On nous a tant répété de « se dépasser », d’optimiser, de grimper. Pascale Devette et Justine Perron arrivent avec une proposition déconcertante de clarté : et si la vraie liberté passait par le refus d’avancer ?
Ce n’est pas un manifeste pour l’apathie. C’est une enquête philosophique rigoureuse, nourrie de Simone Weil et Sara Ahmed — deux penseuses qui ont chacune quitté leur poste en acte délibéré — sur ce que signifie renoncer au pouvoir quand on pourrait le saisir. La question n’est pas anodine : elle traverse la théorie féministe, les mouvements écologistes, les dynamiques de classe. Qui profite de nos ambitions bien rangées dans le moule dominant ?
Les autrices, toutes deux chercheuses en science politique, manient la démonstration avec une fluidité qui évite le jargon sans jamais sacrifier la profondeur. Le livre s’adresse autant à la militante qui s’interroge sur ses propres contradictions qu’à celle qui cherche des mots pour expliquer ce tiraillement familier entre réussir et résister.
Dans un Québec saturé de discours sur la performance, Devenir inutile tombe au bon moment. Déranger, pour de bon.
- 342 pages
- Parution le 14 octobre 2025
- Format Poche
- ISBN : 978-2-924834-87-9
- Prix : 27.95 $
- — Format e-pub —
- ISBN : 978-2-924834-88-6
- Prix : 17.99 $
https://ruedorion.ca/devenir-inutile
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Bong Joon-ho, désordre social
Avec Parasite, Bong Joon-ho a écrit une page d’histoire en devenant le premier cinéaste coréen à gagner la Palme d’or du festival de Cannes, puis lauréat des Oscars – entre autres celui du meilleur film, récompense inédite pour une œuvre tournée dans une langue autre que l’anglais. Ce triomphe a entériné la place de Bong Joon-ho comme l’un des chefs de file de la nouvelle génération de réalisateurs coréens.
Tout en tutoyant les sommets, Bong Joon-ho ne quitte pas des yeux les abîmes et ceux qui y sont relégués. Du polar Memories of Murder au film de monstre The Host, en passant par ses productions internationales Snowpiercer et Mickey 17, chacun de ses films décrit crûment un monde où les démunis sont laminés par le système économique. Dans cette vision désespérée de la société, héritée de l’histoire sanglante de la Corée et des années de dictature, les issues positives sont des chimères et le chaos règne en maître.
Bong Joon-ho, désordre social raconte le parcours d’un réalisateur dont l’activisme balaye tout le spectre des problématiques sociales, et qui met sa virtuosité au service d’une conscience aiguë de la verticalité du monde.
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Dans cet essai dense mais jamais indigeste, le critique de cinéma remonte le fil d’une œuvre ancrée dans les convulsions d’une Corée du Sud qui n’a connu la démocratie réelle que depuis les années 1990. C’est ce terreau-là — dictature militaire, inégalités de classe vertigineuses, méfiance structurelle envers l’État — qui irrigue chaque plan de Memories of Murder à Mickey 17, chaque cave, chaque sous-sol, chaque personnage contraint de ruser pour survivre dans un monde fermé d’avance.
Ce que Desbois réussit particulièrement bien, c’est d’expliquer pourquoi Bong fait rire sans jamais moquer. Ses personnages ratent, trébuchent, s’effondrent — et c’est précisément cette faillibilité qui les rend universels. L’humour n’est pas un contrepoids à la critique sociale : il en est le vecteur le plus efficace.
On pardonnera à l’essai quelques rapprochements culturels un peu tirés par les cheveux. L’essentiel est là : une grille de lecture cohérente pour entrer plus profondément dans le cinéma d’un réalisateur qui, lui, ne fait rien au hasard.
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EdPS038 – 14 x 18,3 cm – 128 pages – cinéma / essai
Les Simpson ou le paradoxe du donut intemporel
Apparue sur le petit écran en 1989, Les Simpson va bientôt franchir le seuil des 40 saisons. Un record dans l’histoire des séries télé, qui s’accompagne d’une résonance culturelle inédite. Les personnages ont beau ne pas vieillir, Les Simpson ne cesse de décrypter l’évolution de la société américaine, sans que les anciens épisodes perdent en pertinence au fil des rediffusions. Une approche qui crée un paradoxe surprenant : la série ne change jamais, tout en étant en constante mutation.
Les Simpson ou le paradoxe du donut intemporel s’appuie sur les explications exclusives du showrunner Al Jean pour explorer toutes les facettes d’une œuvre qui ne laisse aucun sujet de côté, de la politique à l’économie, de l’environnement à la santé, de la religion à la société de consommation.
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Homer Simpson a beau ne pas avoir pris une ride depuis 1989, les États-Unis, eux, ont bougé. C’est là tout le vertige que Romain Nigita installe dès les premières pages de cet essai : comment une série figée dans le temps peut-elle rester l’un des miroirs les plus fidèles d’une société en perpétuelle turbulence ?
Journaliste spécialisé en séries, Nigita ne se contente pas de faire le tour du propriétaire avec la nostalgie du fan. Il fouille les coulisses, s’appuie sur des échanges exclusifs avec le showrunner Al Jean, et remonte jusqu’aux sitcoms des années 1950 pour montrer que Springfield n’a pas surgi de nulle part. La série s’est bâtie sur les ruines affectueuses d’une certaine télévision américaine avant de la dépasser — et d’en devenir à son tour une institution.
Ce qui retient l’attention, c’est l’honnêteté du regard : les épisodes ratés, les crossovers opportunistes, les angles morts — rien n’est évacué sous prétexte d’affection. La préface des voix françaises d’Homer et Marge installe d’emblée une chaleur sincère, sans tomber dans le culte béat.
Bref, un essai qui donne envie de remettre le générique — et de ne pas sauter l’intro.
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Romain Nigita – publié le 22 janvier 2026
EdPS039 – 14 x 18,3 cm – 176 pages – essai / série
