Avec sa ciné-conférence Bali, île de merveilles, l’écrivain audacieux et cinéaste Ugo Monticone entraîne le spectateur au cœur des rizières émeraude, des temples habités et des cérémonies envoûtantes, dans un voyage où chaque image donne envie de réserver son prochain billet… ou de lancer le visionnement en ligne depuis son salon.

Un paradis qui se raconte en images

Pour ses 40 ans, Monticone s’offre 40 jours dans son 40e pays, sans caméra ni carnet, avec la ferme intention de ne pas travailler : Bali devait être un simple cadeau d’anniversaire. Mais face aux couchers de soleil sur l’océan turquoise, aux rizières émeraude et aux volcans veillant sur l’île, l’écrivain cède vite à la culpabilité de ne pas pouvoir partager ce qu’il décrit lui-même comme un paradis où il aimerait passer l’éternité. Il reviendra donc avec le coréalisateur Richard-Olivier Janson pour arpenter l’île caméra à l’épaule, à scooter, à pied et en bateau, à la recherche de ces images qui donnent au spectateur le sentiment de voyager par procuration.

Une plongée dans l’âme balinaise

La force de la ciné-conférence est de ne jamais se contenter des paysages : Bali y apparaît comme une petite île hindoue, culturellement isolée au cœur du plus grand archipel musulman du monde, forte de trois millions d’habitants réputés pour leur gentillesse et leur amour du beau. Monticone explore un hindouisme balinais unique, où chaque cérémonie marie musique, danse, art visuel, gastronomie et offrandes quotidiennes de fleurs et de riz destinées à maintenir l’équilibre entre les forces du bien, nichées dans les volcans, et celles du mal, tapies dans l’océan. Le spectateur découvre ainsi, comme s’il y assistait, la solennité intrigante de la cérémonie de l’Otonan, où un nouveau-né touche le sol pour la première fois au 105e jour, ou encore le rituel de Mlaspas, véritable « nettoyage du mal » qui purifie la maison et ses habitants.

Arts, danse et musiques: un Bali habité

Monticone filme un peuple pour qui l’art n’est pas un luxe, mais une composante organique de la vie quotidienne : le mot artiste n’existe même pas en balinais. À Ubud, berceau culturel de l’île, la caméra s’attarde sur les masques peints en 125 couches, les mains patientes des sculpteurs comme Samy – devenu artiste après une chute l’ayant paralysé – et les répétitions de jeunes danseuses qui consacreront toute leur vie à incarner les divinités sur scène. La musique du gamelan, captée au plus près, devient la trame sonore envoûtante d’un monde où jusqu’à cent musiciens frappent, étouffent et sculptent le son pour accompagner des danses codifiées, dont neuf sont désormais inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Un regard contemporain passant du surf à l’écoutourisme

Le film ne se limite pas à l’exotisme facile : il rappelle que la vague d’Uluwatu a fait de Bali la capitale asiatique du surf dans les années 1970, attirant backpackers et globe-trotters en quête de douceur de vivre à petit budget. Il remonte aussi le fil de la mémoire coloniale à travers les clous de girofle séchant devant les maisons, les plantations de café et le surprenant Kopi Luwak, ce café aux grains passés par le système digestif d’une civette, devenu le plus cher au monde. Surtout, Monticone consacre de longs plans aux initiatives écologiques : système d’irrigation Subak classé à l’UNESCO, Green School fondée par le Canadien John Hardy et écogîtes qui repensent le tourisme autour du développement durable.

Un écrivain audacieux et cinéaste du sens

Derrière la caméra, on retrouve un écrivain audacieux qui parcourt le monde depuis plus de 25 ans pour en recenser les trésors et en faire des récits de voyage, des films et des expositions, comme l’exposition Traces de voyages, vue par plus de 15 000 visiteurs à l’Assemblée nationale. Avec Bali, Monticone poursuit sa démarche d’explorateur multimédia, déjà à l’œuvre dans son projet 3D [re]Connexions humaines, où il réinvente la rencontre de voyage en croisant littérature, image et technologies immersives. Sa ciné-conférence se lit ainsi comme un prolongement de cette recherche : un cinéma du sens, qui mêle humour, érudition géographique et sensibilité humaniste pour faire de chaque visage balinais un point d’ancrage plutôt qu’un simple figurant de carte postale.

Un voyage à vivre en salle ou en ligne!

Bali, île de merveilles réussit ce rare équilibre entre le spectacle grand public et le portrait nuancé d’une société qui articule tri hita karana – harmonie entre humains, nature et divin – dans ses rizières en terrasses, ses temples battus par les vagues et ses écoles de bambou tournées vers l’avenir. On ressort de la projection avec l’envie non seulement de partir, mais de partir autrement : en rencontrant les habitants, en séjournant en écogîte, en soutenant les initiatives locales que le film met délicatement en lumière. Les représentations se faisaient rares et sont déjà bouclées, mais la bonne nouvelle est que cette ciné-conférence des Grands Explorateurs est aussi offerte en visionnement en ligne, permettant de découvrir Bali depuis son salon, sur la plateforme numérique de l’organisme.

Une belle manière d’occuper nos froides soirées d’hiver en voyageant via notre écran!